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Retour au Sénégal

Entre villes coloniales et villages de brousse, mer et fleuves, une douceur de vivre balayée par l’harmattan

Dix ans se sont écoulés depuis notre précédent voyage au Sénégal. Le retour en taxi brousse de Banjul, en
Gambie, à Dakar, au Sénégal, nous avait donné l’envie de continuer jusqu’à la frontière mauritanienne. En 2012, Macky Sall est élu président du Sénégal. Élection démocratique qui montre qu’une passation de pouvoir africaine peut se dérouler dans le calme. Cet événement sera le déclencheur de notre voyage, en janvier 2013.

L’idée première était de longer le fleuve Sénégal de Saint-Louis, au nord, jusqu’à Kidira, à la frontière malienne, puis de descendre plein sud dans le parc national du Niokolo Koba. Entretemps, la guerre s’est installée au Mali. Les territoires frontaliers sont devenus sensibles et les touristes ont boudé le Sénégal. Alors, notre route s’est adaptée.
Saint-Louis, ville à deux vitesses À la frontière de la Mauritanie, Saint-Louis s’étend sur trois territoires dans un site exceptionnel et l’embouchure du fleuve bute sur une langue de terre et une île centrale, en guise de centre-ville.

Fierté sénégalaise inscrite au patrimoine mondial. Saint-Louis est une ville à deux vitesses.
La ville coloniale, à l’organisation urbaine planifiée, centre géographique et résiduel, où le patrimoine se délite et se raconte sur guide touristique. N’est pas belle endormie qui veut ! Passé glorieux de ville capitale du XIXe où les femmes métisses et aristocrates, les signares, recevaient dans leur belle maison au patio fleuri. Depuis, les maisons se sont vidées. Certaines sont devenues hôtels, locations pour Européens en manque de soleil. La population active est blanche, si ce n’est l’armée de balayeurs qui repousse imperturbablement saletés et sacs plastiques au-delà des zones visitées. La protection de l’environnement n’est pas une priorité sénégalaise. Dans cette ville économique de près de 200 000 habitants, la vie africaine s’est déplacée hors du centre historique. Deux poilus, un blanc et un noir, veillent sur le pont qui relie les deux quartiers.

À l’est, côté langue de Barbarie, c’est le joyeux bazar d’un quartier surpeuplé où se pratique la pêche jour et nuit, où les enfants se mêlent aux chèvres et les camions aux charrettes. Vêtus de cirés plus ou moins étanches et pieds nus dans des bottes en caoutchouc, les pêcheurs partent et reviennent sans cesse par quinzaine dans les bateaux. Le travail est ingrat mais le geste est beau. Les hommes chantent pour garder les cadences.

À l’ouest, le continent. La ville moderne prend ses aises, tourne dos à la mer et s’arrête brutalement sur une rocade dans un océan de poubelles.

< Véronique Gauthier

Extrait du magazine Globe-Trotters N° 157